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Le bore, c’est un peu un micronutriment piège. Les plantes en ont besoin en toute petite quantité, mais quand il manque, les effets arrivent très vite : croissance qui ralentit, problèmes de floraison, mauvaise nouaison et qualité de récolte qui se dégrade.
Et à l’inverse, il n’en faut pas beaucoup pour basculer vers un risque de toxicité. C’est pour ça que la fertilisation en bore est à la fois importante et délicate à piloter.
Dans la terre, le bore se trouve surtout sous forme d’acide borique, une forme neutre et assez mobile. Son comportement dépend beaucoup du contexte :
la texture de la terre, le pH, la matière organique, l’humidité ou encore le niveau de lessivage.
Certains types de terres sont d’ailleurs plus à risque de carence, notamment les terres sableuses ,les terres pauvres en matière organique et la terres calcaires.
Encore aujourd’hui, quand on parlait de corriger une carence en bore, on pensait surtout application foliaire, ça reste une bonne stratégie, mais ça ne suffit pas dans la majorité des cas et on arrive souvent trop tard.
Quand on veut réalimenter la rhizosphère, sécuriser l’alimentation des jeunes tissus ou remonter durablement le niveau de bore dans une terre pauvre, l’application au sol devient logique d’un point de vue agronomique.
Mais là encore, il y a un point clé : toutes les formes de bore ne se valent pas, Selon la source utilisée, on peut avoir de grosses différences sur la solubilité, la vitesse de libération, la persistance dans la terre, le risque de lessivage, et la marge de sécurité vis-à-vis de la toxicité.
C’est justement pour ça qu’il est intéressant de regarder de près les différentes formes de bore disponibles pour les applications au sol.
Pourquoi est-ce que je conseille d’apporter du bore au sol ?
La logique est assez simple : la plante absorbe le bore principalement par ses racines, en même temps que l’eau du sol.
Donc si la terre est pauvre en bore, la culture risque d’en manquer en continu pendant tout son cycle.
Un point physiologique est souvent sous-estimé : dans la majorité des espèces, le bore circule très mal, voire pas du tout, dans la sève élaborée (phloème) Seul certaine espèces des Rosacée qui synthétisent du sorbitol, ce qui permet cette mobilité du bore (prunier, pommier, pêcher…)
Concrètement, cela signifie qu’un apport foliaire peut corriger temporairement une carence sur les organes présents au moment du traitement, mais il ne garantit pas que les nouveaux organes formés par la suite seront correctement alimentés.
C’est particulièrement vrai pour les cultures à croissance rapide — lorsque la fertilisation et la minéralisation stimulent fortement la croissance — ou lors des phases de besoins élevés comme la floraison et la reproduction.
Un autre point pratique concerne les contraintes de compatibilité.
La plupart des formulations de bore utilisées en pulvérisation foliaire, à l’exception de l’acide borique, ont un caractère basifiant. Elles amènent la bouillie autour de pH 8–8,5, ce qui peut générer des incompatibilités avec certains produits phytosanitaires ou correcteurs de carences foliaires.
Lorsque la terre manque réellement de bore, on observe souvent des symptômes caractéristiques :
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racines courtes et mal développées
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perturbation des apex et des méristèmes
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problèmes de floraison
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mauvaise nouaison
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déformations des organes (tiges, feuilles, fruits)
L’objectif d’un apport au sol n’est donc pas nécessairement de provoquer un “coup de fouet”, mais plutôt d’assurer une alimentation régulière et sécurisée de la plante tout au long du cycle.
Dans mes accompagnements, je considère qu’un apport de bore au sol a particulièrement du sens dans quatre situations :
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Parcelles réellement carencées, mises en évidence par des analyses de terre et de sève.
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Cultures sensibles au bore : colza, betterave, tournesol, luzerne, nombreuses brassicacées maraîchères, céleri, betterave potagère, ainsi que plusieurs espèces fruitières.
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Terres sableuses ou pauvres en matière organique, où le stock de bore est naturellement faible et facilement lessivable.
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Terres calcaires ou récemment chaulées, où la disponibilité du bore peut diminuer en raison de phénomènes d’adsorption.
Enfin, une vigilance particulière est nécessaire dans les sols acides.
Si la saturation en calcium de la CEC est insuffisante, il est souvent préférable de corriger d’abord avec un amendement basique. En effet, dans les terres acides, le bore peut rapidement devenir toxique pour les cultures si son équilibre avec le calcium n’est pas correct.
2) Le bore granulé sodique (type Granubor)
Le Granubore contient 15 % de bore et est un excellent compromis pour les apports au sol. Ils est beaucoup plus solubles que la colemanite, donc le bore devient disponible rapidement pour la culture.
Mais ce n’est pas non plus une libération instantanée : le bore est mis à disposition progressivement pendant plusieurs semaines, ce qui permet d’alimenter la culture sans effet trop brutal.
En pratique, c’est une forme facile à utiliser :
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en pré-semis
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mélangée avec un engrais granulé type kiesérite ou autre NPK
Un obstacle technique limite son usage, car épandre individuellement 17 kg/ha de ce produit granulaire s’avère complexe, l’astuce consiste donc a l’employer avec un autre engrais ou de la colémanite.
C’est aussi une source assez soluble, le risque de lessivage existe sur terres sableuses ou en période très pluvieuse.
3) L’acide borique : la solution rapide et économique
L’acide borique, autour de 17,4 % de bore, fait partie des sources les plus solubles et c’est aussi la moins coûteuse par kg de bore.
Quand on a besoin que le bore soit disponible très rapidement, c’est une forme très efficace. En revanche, l’effet est peu durable, surtout en terres légères ou en conditions pluvieuses, car l’acide borique est plus sensible au lessivage que les sources à libération lente.
Autre limite pratique : sa solubilité maximale est faible (environ 4 à 5 %), ce qui empêche de faire des solutions très concentrées. Personnellement, je l’utilise plutôt pour enrichir des effluents organiques : lisier, digestat, compost ou fumier a raison de 12 kg/ ha dans des sols bien pouvu en calcium
En revanche, en foliaire c’est une excellente source de bore. Je dis souvent que c’est l’amonitrate du bore : c’est direct et efficace. Contrairement au bore éthanolamine, l’acide borique n’est pas basifiant et pénètre très rapidement dans la feuille car c’est un sel, mais attention au dosage !
4) Le bore éthanolamine : pratique en liquide, moins logique pour le sol
Le bore éthanolamine, contient environ 11 % de B soit en tenant compte de la densité 150gr/litre, il est surtout connu pour les applications foliaires. C’est la seule forme liquide concentrée de bore.
Au sol, il faut le raisonner comme une source rapide, un peu comme l’acide borique (d’ailleurs c’est un mélange d’acide borique et d’éthanolamine). Il est donc se marie bien avec une application sol de solution azotée ou à la fertigation, mais moins pertinent si l’objectif est de recharger durablement le niveau de bore dans la terre.
Son intérêt est surtout pratique et opérationnel :
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facile à intégrer dans des stratégies liquides,
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compatible avec des apports fractionnés
- facile à trouver à 2€ du litre
En revanche, sur un sol vraiment carencé où l’on veut sécuriser plusieurs semaines ou plusieurs mois d’alimentation, il n’apporte pas l’effet de réservoir progressif qu’on peut obtenir avec certaines sources solides.
le complexe ethanolamine ne rend pas le bore plus assimilabe et moins lessivable
5) Le soufre enrichi à 2% de bore : une combinaison que j’aime beaucoup
Le soufre S+B est selon moi et les essais des deux dernières années l’ont prouvé, une stratégie très efficace. Elle permet d’apporter deux éléments stratégiques ensemble en un seul passage facile, notamment pour des cultures comme colza, maïs, luzerne, tournesol , où les besoins en soufre et en bore sont fréquents.
Avec du soufre élémentaire, on est clairement dans une logique d’anticipation : le soufre doit être oxydé par les micro-organismes du sol avant de devenir disponible, un processus dépendant de la température, de l’humidité et de l’activité biologique du sol. Ce n’est donc pas une solution rapide, mais plutôt un apport progressif et durable.
Le bore présent dans ces produits joue alors un rôle de complément pertinent. Avec 2 % B, il faut par exemple :
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50 kg de produit pour apporter 1 kg de B/ha (généralement suffisant)
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100 kg pour 2 kg de B/ha (sur culture exigeante)
Ce type de produit est particulièrement logique quand l’apport de soufre est déjà justifié.
Personnellement, j’aime beaucoup cette approche en stratégie de fond, pour anticiper les besoins et sécuriser à la fois le soufre et le bore dans le système sur les cultures de printemps , arboriculture et vigne , et pour couronner le tout le bore facilite la transformation du soufre !
Les points clés pour réussir un apport de bore au sol
Toujours partir d’une analyse
Avec le bore, je déconseille vraiment de travailler à l’aveugle. Le repère le plus utilisé reste le bore extractible à l’eau chaude. En pratique :
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en dessous de 0,8 ppm attendez vous a des carences (visibles sur les analyses de sève)
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autour de 1 à 1,5 ppm c’est confort ! ne dépassez pas les 3 ppm
Faites un apport le plus homogène possible
Le bore n’aime pas les zones de concentration. Si l’apport est trop localisé ou mal réparti, on peut créer des petites zones toxiques pour les plantes.
Dans la plupart des cas, un épandage régulier en plein, éventuellement avec une légère incorporation, reste la solution la plus sûre.
Adapter la stratégie à la terre
Le comportement du bore dépend beaucoup du type de terre :
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sur sable, le risque principal est le lessivage → mieux vaut rester sur des doses modérées.
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en terres calcaires, la disponibilité peut être plus limitée → il faut souvent anticiper.
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en terres riches en matière organique, la dynamique est un peu plus tamponnée, mais les carences restent possibles.
Tenir compte de la culture
Certaines cultures sont très sensibles au bore : colza, betterave, tournesol, luzerne ou certaines cultures fruitières. Dans ces cas-là, raisonner un apport au sol peut vraiment sécuriser la culture et eviter les fastidieux passages en foliaire.
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| Forme de bore | Conseil d’utilisation | Dose indicative |
|---|---|---|
| Colémanite granulée (≈10 % B) | Apport de fond pour installer progressivement un niveau de bore dans la terre | 30 à 40 kg/ha |
| Borates sodiques granulés (type Granubor – 15 % B) | Bon compromis pour corriger une carence au sol |
10 à 17 kg/ha jusqu’à 2 fois si analyse de terre < à 0,3ppm |
| Acide borique (17,4 % B) | Solution économique et rapide, plutôt utilisée pour enrichir des effluents organiques | 5 à 10 kg/ha |
| Bore éthanolamine liquide (≈11 % B) | Surtout utilisé en fertigation ou stratégies liquides | 2 à 4 L/ha par passage |
| Soufre élémentaire enrichi en bore (≈2 % B) | Intéressant quand on veut apporter soufre + bore en même temps | 50 à 100 kg/ha |
Repère agronomique simple
Dans la majorité des situations, l’objectif est d’apporter environ 1 à 2 kg de bore élémentaire par hectare.
En résumé
Il n’y a pas une source de bore parfaite pour toutes les situations. Tout dépend du sol, de la culture et de la vitesse à laquelle on veut que le bore soit disponible.
La vraie règle avec le bore reste toujours la même : utiliser le bon produit, à la bonne dose , au bon moment !
Les solutions bore présentées dans cet article sont disponibles chez Agrinutriment.




